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Analyse - 10 décembre 2013

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décembre 2013

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Les organismes culturels s’adaptent aux coupes budgétaires

Pour faire face à la baisse des subventions allouées à leur fonctionnement, les institutions culturelles se voient contraintes de développer des modèles de financement originaux afin de conserver leur clientèle et d’attirer de nouveaux publics.

Location d’espaces, diversification des activités, intégration de festivals et d’événements à la programmation… Devant les difficultés financières des pouvoirs publics et les coupes budgétaires qu’elles entraînent, les établissements doivent redoubler d’ingéniosité pour augmenter leurs revenus tout en évitant de dénaturer leur offre.

Le financement des institutions culturelles

Influençant directement le contenu des expositions, ainsi que le profil du public des lieux culturels, le financement des institutions peut prendre trois formes différentes:

  • les contributions privées (legs, dons, etc.);
  • les recettes autonomes (droits d’entrée, boutique, etc.);
  • les aides financières publiques et parapubliques (subventions, prêts, etc.).

sur les quelque 400 institutions culturelles québécoises, moins de 150 reçoivent un soutien financier gouvernemental

Si certains établissements peuvent profiter de fonds de l’État, d’autres dépendent uniquement des donateurs et des visiteurs. Jason Luckerhoff, professeur au département de lettres et communication sociale de l’Université du Québec à Trois-Rivières, rappelle que sur les quelque 400 institutions culturelles québécoises, moins de 150 reçoivent un soutien financier gouvernemental. Moins l’aide de l’État est importante, plus les professionnels des institutions culturelles doivent se montrer créatifs pour trouver de nouveaux moyens d’équilibrer leur caisse.

Ailleurs dans le monde, les musées jonglent également entre fonds publics, soutien privé et contributions des visiteurs. En France, le gouvernement a annoncé une coupe de 2% dans le budget de la culture pour 2014. Certains grands établissements comme le Louvre, le musée d’Orsay, le château de Versailles ou le musée du quai Branly connaîtront même une baisse de 2,5% de leur enveloppe budgétaire. Cependant, dès leur ouverture, quelques musées ont développé un autre modèle de fonctionnement, totalement en marge des subventions publiques. Ainsi, la Pinacothèque de Paris, avec son chiffre d’affaires de 15 millions d’euros, tire ses bénéfices de la vente de billets pour les expositions (50%), de sa boutique (40%) et de la location d’espaces (10%).

La récente fermeture aux États-Unis de différentes attractions culturelles – faute d’entente sur le budget au Congrès – témoigne de la fragilité des institutions lorsque les autorités politiques changent de position.

Location d’espaces

Avec les qualités esthétiques de leurs installations, les établissements culturels constituent des décors privilégiés pour l’organisation d’événements privés (mariages, fêtes d’enfants, réunions, lancements, etc.). Alors que cette pratique permet au visiteur de regarder les lieux sous un angle différent, elle constitue un revenu complémentaire pour l’organisme gestionnaire et une façon de contrer la saisonnalité.

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Source: Le Manoir Mauvide-Genest

Les institutions culturelles profitent également de leur caractère historique pour accueillir des plateaux de tournage ou des séances de photographie professionnelles. En France, les sites gérés par le Centre des monuments nationaux accueillent plus de 150 tournages de films, documentaires, reportages ou courts-métrages par an. Le château de Versailles s’est même doté d’un département «Accueil des Tournages et Photographies» pour répondre aux demandes des réalisateurs et des publicitaires.

L’enjeu est de profiter de cet apport financier sans gêner les visiteurs en fermant trop souvent le site ou en dénaturant leur expérience par l’invasion d’équipes de tournage ou de réceptions privées. Il est d’ailleurs rare de voir des indications précisant que le lieu visité a accueilli une campagne publicitaire ou un film. En effet, il est plus pertinent de miser sur l’intemporalité des monuments patrimoniaux, sans les limiter à leur rôle de décors de films.

Nouvelles activités et produits dérivés

De plus en plus, les monuments culturels ont transformé leur cafétéria en restaurant gastronomique, où l’on peut se rendre sans même profiter de l’offre première de l’établissement. L’Opéra de Paris a ouvert un restaurant au cœur du Palais Garnier. L’architecture joue sur le lien entre modernité et patrimoine, et exploite la thématique du spectacle grâce à sa mezzanine et à ses accessoires rouges.

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© Roland Halbe, L’Opéra Restaurant 

À l’instar d’autres institutions européennes (la Villa Médicis de Rome, par exemple), le musée de l’Ermitage de Saint-Pétersbourg a ouvert un hôtel cinq étoiles dans un bâtiment historique du centre-ville. L’établissement restauré aux couleurs du musée maintient volontairement un lien fort avec l’institution mère: adaptation du logo original, restaurants inspirés des époques couvertes par les artéfacts des galeries, mise en place de forfaits «Special Hermitage Moments», etc.

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Source: The Official State Hermitage Hotel

La boutique des établissements permet également aux gestionnaires de gagner une certaine autonomie financière. La signature visuelle des institutions devient une marque qui se retrouve sur les produits dérivés (livres, reproductions, décoration, vêtements, accessoires, jeux, etc.). Généralement, l’offre se veut unique et de qualité, valorisant un savoir-faire traditionnel (verrerie, bijoux, sculpture, etc.). Le client doit avoir l’impression d’acheter une pièce d’art. Depuis le début de l’été, le Rijksmuseum d’Amsterdam redéfinit le rôle de la boutique de musée par l’intermédiaire du Rijksstudio. L’intégralité des œuvres est publiée en ligne. Grâce à la qualité de la numérisation, les utilisateurs peuvent agrandirl’image et imprimer leurs créations sur n’importe quel support.

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Source: Rijksstudio

Activités parallèles

Les expositions temporaires, appelées blockbusters, assurent un revenu supplémentaire non négligeable pour les musées. Le professeur Luckerhoff rappelle que, volontairement conçues pour rejoindre un large public, elles permettent de consolider les dossiers des institutions quand vient le temps de s’adresser aux partenaires financiers. Cependant, leur réalisation coûte cher et la tendance générale actuelle est d’en réduire le rythme de présentation, d’allonger leur durée et de multiplier les partenaires.

Soirée de contes, conférences, club de lecture… Les exemples d’activités ne manquent pas pour qui veut diversifier la programmation de son institution. Autre tendance lourde, le théâtre force les murs des organismes culturels. En été, la Cité de l’énergie de Shawinigan propose une représentation spectaculaire dans un amphithéâtre tournant. Le musée Pointe-à-Callière réalise quant à lui régulièrement des mises en scène qui soulignent les différents temps de l’année (Halloween, Noël, etc.).

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© Michel Julien, Pointe-à-Callière

Lors de la saison estivale, le domaine culturel ouvre ses portes aux plus jeunes en se transformant en camp de jour. Les enfants peuvent ainsi s’initier au théâtre, à l’art plastique, aux sciences ou au cirque. Cette tendance offre l’avantage d’aborder la culture de manière pédagogique et divertissante, mais aussi d’éveiller une nouvelle génération et de façonner la relève du public de ces organismes.

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Source: Musée canadien des civilisations

Ainsi, le défi des institutions culturelles est de rendre leur offre attirante pour le plus grand nombre, sans pour autant la dénaturer. Les coupes budgétaires peuvent-elles finalement être perçues comme des occasions de changement et d’innovation?

Source(s)

– Atout France. «Histoire et Tourisme – Nouveaux regards, nouveaux projets», Éditions Atout France, juin 2013.

– Bellerose, Pierre. «Mes 12 tendances en tourisme pour 2012», pierre-bellerose.tourisme-montreal.org, 10 janvier 2012. 

– Bommelaer, Claire. «De nouvelles ressources pour les institutions culturelles», lefigaro.fr, 16 avril 2013. 

– Bommelaer, Claire et Valérie Duponchelle. «Coupes budgétaires: les musées s’adaptent», lefigaro.fr, 26 septembre 2013.

– Chaverou, Eric. «Musées à emporter», franceculture.fr, 17 mai 2013. 

– Déplacementspro.com. «L’Hermitage ouvre son hôtel à St Petersbourg», 2 mai 2013.

– Normand, Ariane. «Le financement de la culture et ses conséquences sur les institutions muséales», Connexion UQTR, vol. 6, no 1, automne 2013, p. 14-15. 

– Jones, Jonathan. «Are ‘free’ museums overcharging us?», theguardian.com, 26 juin 2013. 

– Robert, Martine. «La Pinacothèque s’offre un musée à Singapour», lesechos.fr, 24 septembre 2013. 

– Saadi, Hugo. «Nouvelle baisse du budget de la culture à prévoir en 2014», toutelaculture.com, 7 octobre 2013. 

 

  • Jean-Michel Derelle

    Une autre façon de concevoir le financement des organismes culturels. Pourquoi n’attendre son salut qu’à travers des subsides publiques quand l’offre de services est à la hauteur.

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