Retour

Retour
Analyses - 7 juillet 2004

Filtres

Filtres

Type de contenu

Tous les types

Thématique

Toutes les thématiq...

Analyste

Tous les analystes

Chronologie

juillet 2004

Recherche

L
Imprimer Enjeux, Produits et activités,

La relève des skieurs et planchistes est-elle au rendez-vous?

Bien que le vieillissement de la population représente un véritable défi pour l’ensemble des entreprises de services, cette réalité touche particulièrement les stations de ski. La courbe démographique du Québec permettra-t-elle à l’industrie du ski de maintenir ses bonnes performances dans les années à venir? À la suite, voir L’AVIS DU PDG DE L’ASSQ.

Le Québec et les États-Unis: deux réalités différentes

Au Québec, la proportion de skieurs et planchistes de 50 ans et plus a doublé entre 1989 et 2002, passant de 6,1% à 12,7% (graphique 1), selon le Print Measurement Bureau. Elle représente cependant le segment le moins important, alors que les jeunes de 12-24 ans comptent pour près de 35% de cette clientèle. Notons aussi la forte progression du segment des 35-49 ans. Précisons que 78% des jours-ski (visites) proviennent du marché québécois.

Aux États-Unis, la situation s’avère plus problématique. Selon une étude menée par Leisure Trends Group auprès de 250 000 skieurs et planchistes américains de 16 ans et plus, les baby-boomers (nés entre 1946 et 1964) constituent désormais plus de 60% des skieurs, comparativement à 50% en 1992-1993. Durant cette même période, la part des 25-34 ans déclinait de 27% à 22% et celle des 16-24 ans de 23% à 19%.

Chez nos voisins du Sud, le nombre de nouveaux adeptes n’est pas aussi élevé que par le passé. La proportion des planchistes débutants est passée de 41% en 1996-1997 à 9% en 2002-2003, et de 9% à 2% du côté des skieurs. Évidemment, l’effet nouveauté de la planche à neige a créé un fort engouement dans les années 1990. Le marché américain représente environ 6% de l’ensemble des jours-ski du Québec.

Afin d’assurer un bon niveau d’achalandage dans les stations de ski, on doit continuer à miser sur un renouvellement constant des clientèles. La courbe démographique rend cette tâche d’autant plus primordiale. Heureusement, le modèle de croissance établi à la suite d’une enquête démographique du Conseil canadien du ski (CCS) confirme que les Canadiens de la génération Y, les 9-27 ans (28% de la population), skient beaucoup et constituent un excellent noyau de relève, avec 46% des skieurs et planchistes. Il s’agit d’une bonne nouvelle quand on constate que le taux de pratique diminue considérablement avec l’âge (graphique 2).

Au Québec, un adepte sur quatre fait partie de la relève, ce qui est de bon augure. Le programme Iniski & Inisurf à l’école, instauré en 1987 par l’Association des stations de ski du Québec, n’est certes pas étranger à ce succès. L’étude du CCS indique d’ailleurs que le Québec réussit mieux que les autres provinces en ce qui a trait à la conversion des débutants en skieurs et planchistes réguliers.

Un autre défi se pose pour les gestionnaires de stations: maintenir la clientèle actuelle sur les pentes, alors que la moyenne d’âge des skieurs augmente rapidement (graphique 1). Plusieurs raisons conditionnent les aînés à délaisser les sports de glisse. La détérioration de leur condition physique, et surtout les conséquences plus importantes d’un accident sur leur santé, viennent en tête de liste. On note également une résistance moindre au froid, qui en décourage plusieurs.

Des implications et des solutions pour les dirigeants

En dépit de la perspective d’une bonne relève, le déséquilibre dans la pyramide des âges permet de prévoir certains changements quant aux habitudes de consommation des skieurs. Voici quelques observations caractérisant la clientèle plus âgée:

  • La pratique se fait de manière moins intense. Les aînés skieront à leur rythme, vraisemblablement moins d’heures par jour. Une offre modulée sur une base quotidienne, avec des forfaits adaptés, leur convient davantage qu’un tarif unique.
  • Leurs exigences quant à la qualité du service et au confort des installations sont plus élevées. Les aires de repos de même que les lieux de contemplation et de quiétude s’avèrent particulièrement prisés.
  • La présence de services ou d’activités complémentaires sur place (ex. : un spa ou une bonne table) intéresse une clientèle qui se contente de moins de cinq heures de glisse par jour. Les baby-boomers sont davantage enclins à apprécier l’offre de sport de glisse comme une expérience touristique globale.
  • Cette clientèle est plus sensible aux prix des équipements qu’à la dernière trouvaille technologique.
  • Un environnement sécuritaire du domaine skiable (élimination des obstacles potentiels) rassurera les aînés, qui craignent de plus en plus les accidents en vieillissant.
  • Au Québec, la demande se concentre essentiellement du vendredi au dimanche, période comptant pour 92% de l’achalandage. Afin d’aplanir les périodes de pointe, les stations pourraient offrir des forfaits aux aînés afin de les attirer sur les pentes en semaine.

Perspectives encourageantes

En dépit du vieillissement de la population, l’avenir des stations de ski au Québec demeure fort prometteur. Plusieurs éléments structurants jouent en faveur de ce secteur:

  • Selon une étude de la Compagnie des Alpes, plus les skieurs commencent jeunes à s’adonner à ce sport, plus ils sont susceptibles de le pratiquer longtemps.
  • Les baby-boomers demeurent plus actifs que la génération précédente et disposent de plusieurs années additionnelles de ski.
  • Les baby-boomers qui demeureront adeptes jouiront de plus de temps libre et effectueront davantage de jours-ski. Ils présentent d’ailleurs des niveaux de participation supérieurs à ceux de la génération X (28-39 ans) ou de la génération Y (9-27 ans).
  • De plus en plus de parents skient avec leurs enfants: (57% en 1993-1994) aux États-Unis comparativement à 76% en 2002-2003.
  • L’apport du tourisme continuera à être salutaire pour de nombreuses stations.

Claude Péloquin

Sources:
– Spring, Jim. «Keeping the Boom Going», Ski Area Management, vol.43, no 3, mai 2004.
– Maine News. «Ski industry wants to keep aging skiers on the slopes», 29 février 2004.
– Serriere, Frédéric. «Sports d’hiver: challenge pour les seniors… et les stations!», Tourmag [www.tourmag.com], 2 mars 2004.
– Neville, Tim. «A Downhill Skier’s Uphill Climb», Business Week, 15 mars 2004.
– Reynier, Véronique, Kévin Vermeir et Bastien Soulé. «Les nouvelles glisses se banalisent», Espaces, no 214, avril 2004.
– Pointon, Nicole. «Hot New Ski Travel Trends for 2003/04 Season», Commission canadienne du tourisme, 21 octobre 2003.
– Conseil canadien du ski. «Modèles de croissance Québec et Ontario», 2004.

L’avis du président-directeur général de l’Association des stations de ski du Québec (ASSQ)

En réaction au texte publié en juillet dernier, je me permets de saluer la justesse de vos propos à l’égard du défi du renouvellement des clientèles. Cet enjeu est au coeur des préoccupations de l’Association des stations de ski du Québec et dicte une série d’actions visant à pallier les changements démographiques observés au Québec.

Nos programmes visant la relève s’adressent aux jeunes de 5 à 10 ans en diminuant au maximum les barrières à l’entrée. Nous anticipons ainsi augmenter le taux de participation de ce segment de clientèle à près de 40%. En atteignant ce résultat, et considérant un taux de conversion constant, nous croyons possible de convaincre et d’atteindre 20% de la population active du Québec d’ici 2010, comparativement à près de 17% actuellement.

Saisir les opportunités

De leur côté, les stations de ski s’adaptent en comprenant mieux les différents segments de clientèles, en offrant:

  • un accès tôt en saison, le défi étant de permettre l’accès maximal au domaine skiable pour la période des Fêtes, grâce aux systèmes de fabrication de neige plus performants;
  • un produit diversifié (ski de fond, raquette, sentier de patin sur glace, etc.);
  • une structure plus abordable du prix des abonnements, ciblant les périodes creuses;
  • une plus grande variété de billets de saison (abonnements);
  • un accès plus facile pour les débutants;
  • un environnement plus sécuritaire.

En réponse à votre question initiale, nous prenons tous les moyens pour que la relève soit au rendez-vous, tout en sachant que des obstacles importants se dressent. La compétition féroce pour le temps et l’argent disponibles pour les loisirs, les communautés ethniques pour qui l’hiver ne fait pas partie de leur culture, la sédentarité et la mauvaise condition physique des Québécois constituent des facteurs sur lesquels nous planchons actuellement (sans vouloir faire de jeu de mots…).

Depuis près de 10 ans, de nombreux experts, chercheurs, démographes et climatologues prévoient par ailleurs une importante diminution du marché du ski en Amérique du Nord. Pourtant, les cinq dernières saisons semblent démontrer un raffermissement de l’achalandage, et ce, malgré des conditions climatiques difficiles dans certains cas. Il faut croire que l’industrie prend les experts au sérieux en rivalisant d’imagination pour les faire mentir!

 

Consultez notre Netiquette